Les mal-aimées d'hier, les collectors de demain ?

Il existe un phénomène que j'observe depuis plusieurs années et qui semble aujourd'hui s'accélérer : le retour en grâce des youngtimers. Mais pas n'importe lesquelles.
Je ne parle pas des modèles déjà consacrés, de ceux que tout le monde recherchait déjà il y a dix ans.
Je parle des voitures que l'on regardait avec une certaine indifférence. Celles qui, dès leur sortie, n'ont jamais vraiment bénéficié de l'aura de leurs grandes sœurs. Ces modèles que l'on qualifiait parfois de "mauvais choix", de "BMW du pauvre", de "Porsche ratée" ou simplement de voitures sans intérêt particulier.
Pendant longtemps, elles ont traversé ce que les collectionneurs appellent le "creux de la vague". Trop anciennes pour intéresser le marché de l'occasion classique, mais pas encore assez âgées pour être considérées comme de véritables voitures de collection.
Aujourd'hui, ce regard change.
Quand l'histoire se répète
Si je vous parle de GTI, il y a de fortes chances que vous pensiez immédiatement à une 205 GTI, une Golf GTI ou peut-être une Renault Clio Williams.
En revanche, beaucoup oublieront une Nissan Sunny GTI, une Citroën AX GTI, une Fiat Tipo Sedicivalvole ou encore une Mazda 323 GT-R.
Pourtant, ces voitures possèdent souvent des caractéristiques techniques remarquables. Le problème n'a jamais été leurs performances.
Le problème était leur image.
Elles sont arrivées sur le marché au mauvais moment, face à des icônes déjà bien installées.
L'exemple parfait : la Porsche 996
S'il fallait choisir une voiture illustrant parfaitement ce phénomène, je citerais sans hésiter la Porsche 996.
Lors de son lancement en 1997, elle devait relever une mission impossible : succéder à la très appréciée 993. Premier moteur refroidi par eau. Nouveaux phares "œuf au plat". Design jugé trop moderne.
Pendant des années, les passionnés ne voulaient tout simplement pas en entendre parler. On disait même :
"Ce n'est pas une vraie 911."
Aujourd'hui ? La situation est totalement différente. Pourquoi ? Parce que le temps a fait son œuvre.
La génération qui rêvait devant une Porsche lorsqu'elle était enfant commence à avoir le pouvoir d'achat nécessaire.
Dans le même temps, les 964 et les 993 ont atteint des niveaux de prix parfois difficiles à justifier. La 996 apparaît alors sous un nouveau jour.
Non plus comme "la moins belle des 911", mais comme la dernière Porsche analogique accessible. Le regard change. Et la cote suit. Les nouveaux Porschiste arrive.
Quand les stars deviennent inaccessibles
C'est souvent le même scénario. Lorsqu'une voiture emblématique atteint des prix très élevés, une partie des passionnés se tourne naturellement vers des modèles restés dans l'ombre. Non pas parce qu'ils sont moins bons. Mais parce qu'ils n'ont jamais bénéficié de la même reconnaissance.
C'est exactement ce qui se passe aujourd'hui sur de nombreux modèles des années 80, 90 et même du début des années 2000.
La BMW Compact : la mal-aimée par excellence
S'il y a un modèle qui résume parfaitement cette évolution, c'est probablement la BMW Série 3 Compact (E36).
À sa sortie, elle n'a jamais vraiment été prise au sérieux. Son arrière raccourci dérangeait.
Son positionnement plus accessible lui valut rapidement un surnom peu flatteur :
"La BMW du pauvre."
Et pourtant... Avec le recul, cette voiture possède énormément d'atouts. Une propulsion. Des moteurs six cylindres sur certaines versions. Une excellente base de préparation. Un poids contenu. Une vraie personnalité.
Aujourd'hui, alors que les coupés E36 atteignent parfois des sommes importantes, la Compact commence doucement à attirer un nouveau regard. Ce qui était considéré comme un défaut devient presque une qualité.
Son dessin atypique lui donne aujourd'hui une identité que beaucoup recherchent.
Comme quoi, le temps est parfois le meilleur designer. La pire idée qui soit devient la meilleure.
Alors, faut-il acheter une mal-aimée ?
La réponse est non. Ou plutôt...
Pas uniquement parce que sa cote pourrait augmenter.
L'erreur serait de croire qu'il suffit d'acheter une voiture impopulaire pour réaliser un bon investissement. Certaines ne décolleront probablement jamais.
En revanche, celles qui combinent une vraie personnalité, une histoire, des qualités mécaniques et une production limitée finissent souvent par retrouver une place dans le cœur des passionnés.
À mes yeux, c'est précisément là qu'il devient intéressant d'observer le marché.
Mon regard
Je suis convaincu que les futurs collectors ne sont pas toujours ceux dont tout le monde parle aujourd'hui. Ils sont souvent garés quelques rangées plus loin, ignorés par la majorité.
Et c'est peut-être ce qui fait tout leur charme.
Car dans l'automobile comme ailleurs, ce sont souvent les œuvres incomprises qui vieillissent le mieux.



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